Christel Bories signe une tribune sur les métaux pour la transition énergétique

Comment l’Europe peut gagner la bataille des métaux grâce à la mine durable ? C’est la question à laquelle répond Christel Bories dans l’édition des Echos du 4 février. A lire ici.

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Comment l'Europe peut gagner la bataille des métaux grâce à la mine durable

Le combat contre le changement climatique se dispute sur tous les fronts. Celui des minéraux et des métaux en fait partie : ils sont un levier essentiel pour effectuer notre transition énergétique vers une économie neutre en carbone.

Les futures batteries qui équiperont les véhicules électriques de demain auront besoin de nickel, de lithium et de cobalt.

Or, les gisements les plus compétitifs pour ces métaux sont presque tous situés en dehors de l’Europe, que ce soit en Indonésie, en Amérique latine ou en République démocratique du Congo. Seulement 9% de la production mondiale des matières premières critiques provient des pays européens, principalement scandinaves. La Chine a déjà pris les devants en contrôlant 35% des mines de nickel, 50% des capacités de production de lithium et devrait s’approprier 45% des mines de cobalt d’ici 2025, et plus encore si on s’intéresse aux capacités de raffinage de ces métaux. Cette dépendance déjà massive aux importations, notamment chinoises, ne peut que s’accroître avec l’inévitable augmentation de la demande si l’Europe ne développe pas une stratégie ambitieuse de sécurisation de l’approvisionnement pour ces métaux de la transition énergétique.

Certains y voient une opportunité de relancer l’exploitation minière en Europe. En réalité, compte tenu du niveau de la demande, ces ressources seront marginales : le potentiel minier européen n’a en effet pas, la plupart du temps, la taille critique pour justifier les énormes investissements nécessaires à l’extraction et à la transformation de ces matières premières.

Une autre voie réside dans l’exploitation de « la mine urbaine », c’est à dire le recyclage des métaux. Si cela doit être encouragé dans une logique d’économie circulaire, il est certain qu’elle ne sera pas suffisante dans des filières en forte croissance. On estime par exemple que le recyclage ne pourra satisfaire que 10 % de la demande européenne de cobalt en 2030.

La mise en place d'un marché domestique isolé n'est donc pas une solution réaliste. L’Europe doit regarder hors de ses frontières et déployer une stratégie de sécurisation de l’approvisionnement en métaux à l’international.

Comme l’a fait la Chine, le Japon, la Corée ou plus récemment les Etats-Unis, l’Europe doit mettre en place des outils financiers dédiés au soutien de ses entreprises minières. C’est vital et c’est possible. De multiples leviers ad hoc peuvent être activés : soutenir des prises de participation dans les projets hors Europe, adapter des politiques de crédits aux spécificités du secteur ou encore faciliter des partenariats public-privé.

Cependant, comment vouloir sécuriser l’approvisionnement européen sans promouvoir la mise en place d’une chaîne de valeur responsable ? Si elle est guidée par le respect de standards environnementaux et éthiques ambitieux, cette industrie est susceptible de contribuer à l’économie de ses territoires et peut redonner confiance aux consommateurs finaux.

Pour cela, l’Europe doit être proactive et définir ses propres règles d’entrée sur ses marchés.

La France doit ainsi soutenir ardemment les travaux de la Commission européenne relatifs à la déclaration d’un contenu CO2 pour les batteries mises sur le marché européen.

L’Europe doit également refuser que les batteries qui arriveraient sur le marché européen comportent des métaux issus d’installations minières qui ne respectent pas les plus hauts standards environnementaux et éthiques internationaux. Le nickel issu de mines qui rejettent leurs résidus miniers en pleine mer par un procédé dit de Deep Sea Tailing doit par exemple être proscrit. Et nous devons faire de même avec les minerais provenant de sites dont l’activité ne rejaillit pas favorablement sur les communautés locales dans le respect des droits humains.

Ces exigences ont un coût qui ne doit pas pénaliser la compétitivité de ces projets.

Soutenir ses entreprises, préserver l’équité de la concurrence, imposer une responsabilité environnementale et sociétale: rien, dans cette trilogie n’est irréaliste. Ne reste qu’une condition : que l’Europe se convainque de l’impérieuse nécessité d’agir vite et fort pour être en mesure de tenir son rang dans la bataille des industries d’avenir de la transition.

Cette Tribune a été publiée dans l’édition papier des Echos du 4 février 2020.